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Avant de commencer à écrire

·1191 mots·6 mins

Vous avez une idée géniale. Une scène d’ouverture qui déchire. Un twist de fin qui va faire pleurer vos lecteurs. Vous ouvrez un document vierge. Vous écrivez « Chapitre 1 ». Et là… rien. Ou pire : vous écrivez, mais au chapitre 4, votre héroïne change de caractère sans raison. Au chapitre 7, vous oubliez la couleur de ses yeux. Au chapitre 10, vous réalisez qu’elle n’a aucun objectif. Bienvenue dans le cauchemar de l’incohérence. La bonne nouvelle ? Il existe un remède. Il ne prend pas trois semaines. Il ne demande pas une bible de 200 pages. Juste une feuille. Et une heure de votre temps. Avant d’écrire quoi que ce soit, posez vos personnages sur papier.

Pourquoi une fiche personnage ?

Beaucoup d’auteurs débutants pensent que « connaître » leur personnage suffit. Ils l’ont dans la tête. Ils le sentent. Le problème, c’est qu’entre votre tête et la page 150, il y a des semaines, de la fatigue, des doutes. Et c’est là que les incohérences s’installent. Avoir une fiche sous la main, c’est avoir une boussole. Vous ne vous perdez plus. Vous ne contredisez plus ce que vous avez écrit cent pages plus tôt. Et surtout, vous gagnez un temps fou. Voici une petite fiche avec le strict minimum. Pas de blabla. Pas de questions existentielles sur son signe astrologique ou sa marque de céréales préférée. L’essentiel. Rien que l’essentiel.

Physique – ce que le lecteur voit en premier

Le physique, ce n’est pas du décor. C’est de l’information. Une cicatrice raconte une histoire. Une silhouette frêle impose une vulnérabilité. Un regard fuyant annonce un secret. Remplissez ces rubriques. Soyez précis. Et surtout, soyez cohérent.

• Son apparence au premier coup d’œil : qu’est-ce qui frappe quand on la voit pour la première fois ?

• Sa taille

• Son poids (approximatif, ou utile si c’est un enjeu)

• Sa corpulence (mince, ronde, musclée, frêle, massive)

• Sa couleur de cheveux

• La couleur de ses yeux

• La forme de son visage (rond, long, anguleux, carré)

• La forme de son nez (fins, large, cassé, retroussé)

• Son regard (volontaire, fuyant, perçant, vague, doux, dur)

• Ses particularités physiques (cicatrice, boiterie, tatouage, tic, main tremblante)

• Son âge

• Ses capacités physiques au début de l’intrigue (courir vite ? être fragile ? savoir se battre ? s’essouffler au moindre effort ?)

Exemple concret : « Clara, 28 ans, petite (1m55), corps frêle mais pas maladif, cheveux bruns raides, yeux vert clair, visage rond, nez fin, regard fuyant sauf quand on la met en colère, une fine cicatrice sur la lèvre supérieure. Ne tient pas debout plus de dix minutes sans s’asseoir (séquelles). »

Psychologie – ce qui la fait avancer (ou la bloque)

Un personnage sans psychologie, c’est une figurine. Il bouge, mais on ne sait pas pourquoi. La psychologie, c’est le moteur. C’est ce qui rend ses choix compréhensibles, même mauvais.

• Sa vision du monde (cynique ? naïve ? fataliste ? optimiste ? « le monde est dangereux », « les gens sont bons », « tout finit par s’arranger »)

• Sa relation avec les autres (méfiante, ouverte, dominante, effacée, jalouse, protectrice)

• Ce qu’elle aime (concret : le café noir, les livres d’occasion, marcher seule la nuit)

• Ce qu’elle déteste (tout aussi concret : les mensonges, le bruit des moteurs, qu’on touche à ses affaires)

Piège à éviter : des goûts génériques (« elle aime la musique et les couchers de soleil »). Non. Soyez précis. « Elle aime les chansons des années 80 et regarder la pluie sur le bitume. » C’est plus vrai.

Sa vie avant le début du récit – ce que vous devez savoir, même si le lecteur ne le saura pas tout de suite

C’est la partie la plus sous-estimée. Le passé d’un personnage n’est pas là pour faire joli. Il est là pour expliquer pourquoi il réagit comme il réagit à la page 47. Vous n’allez pas tout raconter au lecteur. Mais vous, vous devez le savoir.

• Ce qui est connu (ce que le lecteur apprendra tôt ou tard, ou du moins ce que les autres personnages savent)

• Ce qui est inconnu (le secret. Le truc qu’elle n’a dit à personne. C’est souvent là que se cache la meilleure dramaturgie)

• Ses rencontres importantes avant l’histoire (et ce qu’elles ont changé chez elle)

• Les sentiments éprouvés (ce qu’elle a vraiment ressenti – amour, haine, honte, fierté)

• Les sentiments exprimés (ce qu’elle a montré – parfois très différent des sentiments éprouvés)

• Son évolution physique avant l’intrigue (a-t-elle maigri ? pris du muscle ? perdu un œil ? eu un enfant ?)

Exemple : « Avant l’histoire, Clara a perdu sa mère. Le lecteur le sait (connu). Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’elle était là, qu’elle n’a pas appelé les secours assez vite (inconnu). Elle éprouve une honte immense, mais exprime de la colère contre l’hôpital. Physiquement, elle a perdu 8 kilos après ça. »

Son rôle durant l’intrigue – ce qui change en cours de route

Un personnage qui ne change pas, c’est un personnage secondaire. Un protagoniste doit être transformé par l’histoire. Cette section est votre feuille de route pour ne pas l’oublier.

• Ses rencontres pendant l’histoire (les personnages qui vont la faire évoluer – en bien ou en mal)

• Ses sentiments éprouvés (peur, doute, colère, amour, trahison – au fil des chapitres)

• Les sentiments qu’elle exprime (montre-t-elle ce qu’elle ressent, ou ment-elle aux autres ?)

• Son évolution physique (blessures, fatigue, changements visibles – une cicatrice au chapitre 30, des cernes au chapitre 45)

À noter : cette partie peut s’écrire au fur et à mesure. Vous ne savez pas tout à l’avance. Mais notez au vol, dès qu’un changement arrive. Votre futur vous remerciera.

Son rôle à la fin du récit – la destination

C’est la dernière ligne. Elle répond à une question simple : après la dernière page, qu’est devenue cette personne ?

• Son rôle à la fin du récit : survivante ? héroïne ? brisée ? transformée ? sacrifice ? gagnante ? perdante ? apaisée ?

Exemple : « Clara n’est plus la même. Elle a arrêté de fuir le regard des autres. Elle ne cache plus sa cicatrice. Elle a appris à appeler à l’aide. À la fin, elle n’est pas guérie, mais elle n’a plus honte. »

La règle d’or de la fiche personnage

Remplissez ça avant d’écrire le premier chapitre. Gardez la fiche à portée de main. Consultez-la à chaque fois que vous hésitez. Et surtout : autorisez-vous à la changer. Un personnage qui vous surprend, c’est un bon personnage. Si en cours de route vous découvrez que Clara ne déteste finalement pas les mensonges, mais qu’elle déteste être prise pour une naïve – corrigez la fiche. La fiche est votre servante, pas votre maîtresse. Mais sans fiche, vous naviguez sans carte. Et écrire un roman sans carte, c’est possible. C’est juste beaucoup, beaucoup plus long. Et beaucoup plus douloureux.

À vous. Prenez une feuille. Ou un document. Et posez votre premier personnage. L’histoire peut attendre encore une heure.

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