Il y a des souvenirs qui ressemblent à de vieilles cartouches de jeu.
On souffle dessus, et tout revient d’un coup. Pour moi, l’un de ces souvenirs commence avec la vieille console de mon père et The Legend of Zelda.
Je devais être en primaire. J’étais encore à l’âge où les cahiers sentent la colle blanche et les crayons de couleur. Je ne jouais pas encore vraiment. Je regardais surtout mon père jouer.
Je le voyais parcourir Hyrule, entrer dans des grottes sombres, combattre des monstres étranges… et moi, assise à côté, j’avais l’impression de regarder un conte interactif. Puis il a enchaîné avec Zelda II: The Adventure of Link, et mon imagination a commencé à tourner à plein régime.
À cet âge-là, l’univers de Link et du royaume d’Hyrule me semblait immense. Mystérieux. Presque réel. Et comme beaucoup d’enfants qui découvrent un monde qui les fascine… j’ai voulu y entrer.
Un jour, à l’école, j’ai ouvert un cahier et j’ai commencé à écrire ma propre histoire.
Elle commençait comme ça :
Le terrible sorcier Ganon adopte une petite fille perdue. Oui, vraiment. Dans ma tête d’enfant, l’idée était parfaitement logique. Même les grands méchants pouvaient parfois recueillir quelqu’un. La petite fille grandissait et devenait Leden, une jeune magicienne élevée par Ganon lui-même. Elle vivait dans son ombre, apprenait la magie, et pensait que son père adoptif était simplement puissant… pas forcément cruel. Mais un jour, elle rencontrait Link. Et là, tout basculait. Link lui révélait que Ganon préparait quelque chose de terrible : détruire le royaume d’Hyrule. Leden se retrouvait face à un choix impossible :
- rester fidèle à son père adoptif
- ou aider Link à sauver le royaume
Soyons honnêtes. À sept ou huit ans, les dilemmes moraux sont assez rapides à résoudre. Dans mon histoire, Leden choisissait évidemment d’aider Link. Elle l’accompagnait dans son aventure, affrontait les forces de Ganon… et au fil du voyage, elle tombait amoureuse de lui.
Et, dans la logique implacable de mon imagination d’enfant :
- ils sauvaient Hyrule
- Ganon était vaincu
- et Leden finissait avec Link.
Fin. Simple. Clair. Héroïque.
Aujourd’hui, quand j’y repense, cette histoire était probablement pleine de trous, de raccourcis et de scènes impossibles. Mais à l’époque ? J’en étais incroyablement fière. Parce que c’était la première fois que je transformais vraiment un univers que j’aimais en histoire à moi. Un monde que j’avais vu sur un écran devenait quelque chose de vivant dans un simple cahier d’écolière.
C’était peut-être maladroit. Mais c’était déjà de l’écriture. Et quelque part, je crois que tout a commencé là. Entre une vieille console Nintendo, un héros en tunique verte… et une petite magicienne inventée par une enfant qui découvrait qu’elle pouvait créer des mondes. Parfois, les grandes passions commencent avec très peu de choses : un jeu, un cahier… et l’envie de raconter une histoire.


