Quand j’étais en primaire et au collège, j’écrivais énormément. Mais vraiment énormément.
Le problème, c’est que je n’écrivais pas des romans profonds sur la condition humaine. Non. J’écrivais des fanfictions dans l’univers de Zelda. Des tonnes de fanfictions. Avec mon personnage inventé : Leden.
Aujourd’hui, la plupart de ces histoires ont disparu dans les limbes des vieux cahiers d’école. Mais certaines me reviennent par fragments… et quand j’y repense, je me demande parfois ce qui se passait exactement dans mon cerveau à l’époque.
Petit voyage archéologique dans mes débuts d’écrivaine.
La Légende de Zelda – Les Héritiers de la Triforce. Dans cette histoire, tout se passait après la défaite de Ganondorf. Tout le monde pensait que Leden était morte, son corps ayant mystérieusement disparu dans la Terre d’Or en même temps que celui de Ganondorf. Mais Link n’y croyait pas et partait à sa recherche.
Déjà, premier détail étrange : je n’avais absolument aucune idée de comment on entre dans la Terre d’Or, mais dans mon esprit d’enfant c’était sûrement quelque chose comme “très compliqué mais Link va gérer”.
Des années plus tard, trois jeunes gens débarquaient au château d’Hyrule. Ils se présentaient devant la reine Zelda. Parce qu’après réflexion, je m’étais dit que quelqu’un finit forcément par devenir reine un jour. On ne peut pas rester princesse éternellement. Ces trois jeunes gens venaient récupérer Excalibur. Oui. Excalibur.
Leur mission : sauver leurs parents d’un terrible sorcier nommé Némésis. Nom probablement choisi après avoir joué à un jeu vidéo ou vu un boss quelque part. Ils s’appelaient Din, Farore et Nayru, comme les trois déesses d’Hyrule. Ils étaient jeunes, courageux, beaux et incroyablement stylés.
Et à la fin de l’histoire… révélation dramatique : leurs parents étaient Link et Leden. Oui. J’avais déjà inventé une suite générationnelle. À dix ou onze ans. Je ne faisais pas les choses à moitié.
Dans une autre histoire, Leden tombait dans un sommeil éternel. Pour la réveiller, il fallait trouver une fleur magique située très très loin, gardée par un dragon terrifiant. Donc Link partait à l’aventure. Avec le recul, ce scénario peut être résumé ainsi :
- la fille dort
- le héros marche
- il y a un dragon
- il y a une fleur
- tout le monde est sauvé
Un chef-d’œuvre de complexité narrative.
L’enlèvement très mal organisé. Dans une autre histoire, Leden se faisait enlever par un personnage nommé Eloim. Pourquoi Eloim ? Parce que j’avais lu une BD avec ce nom et que mon cerveau d’enfant fonctionnait selon la règle suivante : “Ce nom est cool. Je le prends.”
Dans cette histoire, Eloim était complètement obsédé par Leden. Et évidemment, Link arrivait pour la sauver. Il y avait une grosse bagarre. Et bien sûr… Link gagnait.
Ce qui soulève une question : pourquoi les gens continuaient-ils à enlever Leden alors que Link gagnait systématiquement toutes les bagarres ? Mystère.
Mon premier paradoxe temporel : L’histoire la plus étrange que j’ai écrite impliquait un personnage nommé Verink, un descendant lointain de Link. Après avoir tripoté la Triforce (ce qui est déjà une mauvaise idée), il se retrouvait projeté dans le passé. Et là… mon scénario prenait une tournure très sombre.
Dans ce passé alternatif :
- Leden assassinait la princesse Zelda
- elle récupérait les Triforces
- elle capturait Link et Verink
- et elle décidait de les exécuter elle-même
Link mourait. Donc Verink, qui descendait de lui… disparaissait à cause d’un paradoxe temporel. Et la fin ? Il se réveillait dans son lit. C’était un rêve. Oui. Même enfant, j’utilisais déjà le twist le plus paresseux de l’histoire de la littérature. J’étais déjà prête pour certaines séries télé.
La bataille de Kakariko (la seule histoire que j’aurais aimé finir) : Une de mes histoires se déroulait pendant Ocarina of Time. Dans celle-ci, Leden commandait une armée de Moblins (que j’appelais très sérieusement les “hommes bouledogue”). Sous les ordres de son père, elle lançait une attaque contre le village de Kakariko.
Mais la ville était bien défendue. Il y avait notamment Impa et les soldats d’Hyrule qui avaient trouvé refuge là. La bataille tournait rapidement au carnage. Les troupes de Leden se faisaient massacrer sous ses yeux. Elle tentait de fuir avec quelques survivants… mais une flèche venait se planter dans son épaule. Elle s’évanouissait.
Et quand elle reprenait conscience quelques heures plus tard… elle était seule. Autour d’elle, il n’y avait plus que des cadavres. Et là…
L’histoire s’arrêtait.
Je n’ai jamais écrit la suite. Ce qui est probablement le plus grand cliffhanger involontaire de ma carrière d’enfant écrivain.
Quand je repense à toutes ces fanfictions, je ne peux pas m’empêcher de rire un peu. Les scénarios étaient chaotiques.Les idées venaient clairement de tout ce que je regardais ou lisais à l’époque. Et mes intrigues mélangeaient les univers avec la délicatesse d’un blender en mode maximum. Mais malgré tout… Ces histoires étaient mes premiers terrains de jeu d’écriture.
C’est là que j’ai appris à inventer des personnages.
À imaginer des batailles.
À construire des histoires.


